Ces adeptes du style preppy : pourquoi nouent-ils leur pull autour des épaules ?

Ces adeptes du style preppy : pourquoi nouent-ils leur pull autour des épaules ?

Le pull noué sur les épaules. Ce geste simple, presque anodin, en dit long sur celui ou celle qui l’adopte. Entre héritage preppy, marqueur social et retour de tendance, décryptage d’une pratique qui ne laisse personne indifférent.

Le pull sur les épaules : un héritage du style preppy américain

Difficile d’imaginer que ce geste, aujourd’hui connoté, trouve ses origines dans les campus américains des années 1930-1940. À l’époque, les petites amies des sportifs universitaires empruntaient le pull de leur compagnon pour le nouer autour de leurs épaules. Un signe d’allégeance à leur amoureux et à l’esprit de l’université.

Cette pratique vestimentaire était réservée aux classes aisées, celles qui avaient accès aux études supérieures. Dans les années 1950-1960, le pull sur les épaules s’est démocratisé avec l’ouverture des universités à un public plus large. Le style preppy était né.

Comment la France a réinterprété ce code vestimentaire

Les élites bourgeoises françaises des années 1970-1980 se sont emparées de ces codes. Mais sans la culture universitaire américaine, elles les ont transformés. Un glissement s’est opéré : ce qui était cool et dévergondé outre-Atlantique est devenu strict et réservé en France.

Hayley Edwards-Dujardin, historienne de la mode, rappelle que le geste est loin d’être anodin. Il raconte une histoire, une appartenance sociale. Aujourd’hui encore, nouer son pull sur ses épaules renvoie à un univers bien particulier, celui des familles aisées qui fréquentent La Baule ou Versailles.

Un geste qui révèle une appartenance sociale et politique

Jean-Pierre, banquier versaillais, ne sera pas perçu de la même manière qu’une jeune femme du Marais à la pointe de la mode. Le pull noué parle avant même que l’on ouvre la bouche. Il évoque le dimanche matin devant l’église, les vacances sur la côte atlantique, les soirées entre amis dans les beaux quartiers.

Pour le sociologue Jamil Dakhlia, la connotation politique est claire. Cette pratique évoque le RPR des années 1980-1990, quand les leaders politiques voulaient afficher un look décontracté. Jacques Chirac, Alain Juppé, chemise ou polo sur le dos et pull sur les épaules, ont marqué les mémoires.

Une nostalgie qui réactive le symbole

Cette période apparaît rétrospectivement comme faste. Jamil Dakhlia établit un parallèle avec des personnalités comme Édouard Philippe ou Gabriel Attal, pour qui cette pratique enverrait des signaux clairs de positionnement. Un héritage que les fashionistas du quiet luxury ont réinterprété avec malice.

Le regain d’intérêt pour Carolyn Bessette-Kennedy, véritable icône du style, a remis le pull sur les épaules sous les projecteurs. Sur les réseaux sociaux, la tendance s’est diffusée auprès d’un public féminin large et varié. Une dépolitisation s’opère, portée par une mode qui recycle tous les signes vestimentaires.

Praticité et maîtrise de soi : les dessous du geste

Les adeptes invoquent d’abord un argument pratique. Antoine, jeune cadre dans la finance, déteste porter son pull à la main ou sur le bras. Le nouer sur les épaules lui libère les mains. Dominique, ancien professeur de 64 ans, y voit aussi une solution face à ses difficultés à enfiler ses vêtements à cause d’une apraxie d’habillage.

Mais l’historienne Hayley Edwards-Dujardin nuance cet argument. « Quand on porte un pull sur les épaules, nos gestes sont très calculés. Le pull glisse vite, on ne peut pas bouger, on ne peut pas courir. C’est un corps qui se contrôle. » Une maîtrise de soi qui alimenterait le préjugé lié à une bourgeoisie étriquée.

Le pull sur les épaules, une affaire de genre ?

Les femmes ont souvent leur pull dans leur sac. Les hommes, eux, le portent sur les épaules. Une différence qui s’explique par une éducation où l’homme ne doit jamais être encombré. Le corps féminin, lui, est habitué à porter des accessoires.

Cette vision genrée s’inscrit dans l’histoire de la mode masculine. Depuis la Grande Renonciation Masculine du 18e siècle, théorisée par le psychanalyste John Carl Flügel, les hommes ont abandonné les couleurs vives et les parures. Leur vestimentaire est devenu utilitaire et fonctionnel.

Pourquoi cette tendance persiste en 2026

Le pull sur les épaules ne se démode pas. Il revient même en force sur les podiums des grands créateurs. Les défilés de Tom Ford et Bottega Veneta ont remis cette pratique au goût du jour. Les podiums, ces dernières années, ont vu défiler des mannequins avec des effets trompe-l’œil imitant le pull noué.

Le style preppy connaît un véritable regain d'intérêt. Polos, blazers, mocassins et pulls sur les épaules s’affichent dans les rues des grandes capitales. Une esthétique qui séduit une nouvelle génération, débarrassée de la rigidité originelle.

Une façon d’élever sa tenue

Sidonie, jeune femme de 24 ans travaillant dans la finance, l’affirme : « je peux me dire, ma tenue est plate, je mets un pull sur mes épaules pour la rendre plus chic ». Un geste simple qui transforme un look basique en tenue travaillée. L’alternative du pull noué à la taille, elle, semble dépassée.

La praticité relative de ce geste ne suffit pas à expliquer sa persistance. Le pull autour des épaules est devenu un accessoire à part entière. Il structure la silhouette, apporte une touche de couleur ou de matière. Et il continue de raconter quelque chose de celui qui le porte, même malgré lui.

Alors que les soirées d’été se rafraîchissent, cette pratique devrait encore faire parler d’elle. Sur les plages de La Baule, dans les rues de Bordeaux ou aux abords des églises versaillaises. Le pull noué reste un marqueur indémodable, entre héritage et réinvention.

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